HISTOIRE

Histoire et renaissance d’une maison d’éventails Parisienne

maison-duvelleroy

1827, fondation de la maison Duvelleroy originelle à Paris

La maison d’éventails Duvelleroy est née du rêve de Jean-Pierre Duvelleroy, celui de remettre l’éventail aux mains des femmes. Un bal somptueux donné par la duchesse de Berry en 1829 exauce tous ses vœux : une danse relance la mode de l’éventail, et lance la maison.

1851, exposition universelle, premier prix au Crystal Palace

à Londres avec un éventail fait pour la reine Victoria. La richesse d’exécution des éventails Duvelleroy, caractéristique de la haute façon française, permet à la maison originelle de recevoir de nombreuses médailles d’or par la suite. Les Duvelleroy père et fils se verront remettre la Légion d’Honneur.

1850s, eventailliste des reines

A cette période, Jean-Pierre Duvelleroy devient successivement fournisseur de la reine Victoria, réalise les éventails de la corbeille de mariage d’Eugénie de Montijo et fournit à la ville de Paris les cadeaux officiels destinés aux épouses des chefs d’Etat en visite comme la Reine de Bulgarie ou l’Impératrice de Russie ; les éventails Duvelleroy sont aussi aux mains des parisiennes qui font et défont les salons, comme la Comtesse de Greffulhe.

L'art Nouveau (CIRCA 18451914), période stylistique phare de la maison originelle

La Belle Epoque et l’Art Nouveau ouvrent une période stylistique très riche pour Georges Duvelleroy, successeur de Jean-Pierre. Des artistes comme Billotey, Louise Abbéma ou Maurice Leloir contribuent aux créations de la Maison, introduisant le monde végétal, organique et tout en courbes caractéristiques du style Art Nouveau. Deux emblèmes de la maison naissent à cette époque : l’éventail « ballon », dont la forme évoque les montgolfières et la légèreté, et la marguerite Duvelleroy, estampée sur la rivure des éventails. Dès la fin XIXème siècle, la Maison collabore avec des illustrateurs en vogue comme Paul Iribe, Gendrot, Gicar et crée des éventails publicitaires pour de grands noms du luxe comme le Ritz.

Le langage de l'éventail

En 1711, Joseph Addison écrit dans The Spectator: « Women are armed with fans as Men with Swords and sometimes do more execution with them », signe de l’apparition d’un usage détourné de l’éventail : utilisé pour se rafraîchir mais aussi pour communiquer discrètement. Dès le XVIIIème siècle de nombreux experts en « art de l’éventail » compilent et illustrent ces gestes. Au XIXème, la succursale londonienne de la maison originelle Duvelleroy répertorie à son tour les gestes de l’éventail et édite un fascicule : « Suivez-moi », dit l’éventail tenu devant le visage…« Allez-vous en », implore l’éventail frôlant l’oreille … « Vous avez changé », « Nous sommes observés », « Je vous hais », « Je vous aime », « Embrassez-moi »… illustrant ainsi l’esprit joueur et facétieux de la Maison.

Duvelleroy, créateur d'objets

En parallèle des éventails, la Maison propose à ses clientes tout le nécessaire à une vie élégante : aumônières, bourses, sacs pailletés, jumelles, accessoires de cheveux enrichissent les catalogues d’éventails… La Maison innove sous l’impulsion de Georges Duvelleroy. Faisant appel à l’un des meilleurs opticiens de l’époque, la maison brevette les jumelles « Tom Pouce », puis met au point un système de bélière à chaîne pour accrocher son éventail à la ceinture, breveté également, et dépose ses modèles phares, comme les éventails oiseaux.
histoire eventail dentelle

Entre deux guerres, changement de moeurs, transformation de l'activité.

La Première Guerre mondiale marque la fin d’un monde et de son mode de vie : les éventails textiles cèdent le pas aux éventails publicitaires, même si on trouve encore les éventails de haute façon en plumes d’autruche dits « pleureuses », parant les garçonnes de années folles. La Maison réalise une commande pour les noces de Farida Zulfikar avec le roi Farouk d’Égypte en 1938. Georges Duvelleroy transmet son savoir-faire à Madeleine Boisset, peintre éventailliste, tandis que sa fille reprend les rênes de l’entreprise. Les sacs du soir et sacs de jour prennent le relais des éventails et permettent de maintenir l’activité de la Maison d’origine.

En 1940-1981, l'éventail à l'heure de l'air conditionné

En 1940, Jules-Charles Maignan reprend la maison auprès des descendants du fondateur. Madeleine Boisset, longtemps élève de Georges Duvelleroy, assure un temps la continuité du savoir-faire. C’est auprès d’elle que le jeune Michel Maignan découvre le monde de l’éventail. Duvelleroy est l’une des seules maisons d’éventails à avoir perduré après-guerre. Pendant les décennies qui suivent, la maroquinerie devient l’activité principale de la Maison.

1981-2009, la préservation d'un patrimoine

En 1981, Jules-Charles Maignan donne à son petit-fils Michel Maignan un fonds d’archives Duvelleroy : des catalogues, des éventails, des outils de fabrication, des matières et du mobilier de la maison, rassemblés depuis la fondation de cette dernière en 1827. « Je te le donne pour que tu en fasses quelque chose », avait-il dit. Au cours des décennies suivantes, l’histoire de la maison originelle est présentée dans nombre de rétrospectives liées à l’éventail : en 1986 au musée Galliera, en 1995, en Angleterre, avec l’exposition Duvelleroy, King of Fans, Fanmaker to Kings.

2010, le renouveau créatif, le réveil de la belle endormie

En 2010, Michel Maignan s’associe à Eloïse Gilles et Raphaëlle Le Baud, deux jeunes femmes passionnées issues du luxe et de la mode, pour faire renaître la marque Duvelleroy. Dans le cadre de son renouveau, la nouvelle maison Duvelleroy utilise les savoir-faire traditionnels de l’éventaillerie à la française pour les éventails Couture, tout en inscrivant cet art de vivre dans le contemporain par les éventails Prêt-à-porter, fabriqués en petites séries en Espagne. Des curiosités, telles que des coiffes et des appliques, viennent enrichir cet univers, compléter le style, et rappellent que la Maison originelle avait un champ d’expression large.
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